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Divorce et immobilier: que devient la maison familiale?

La maison du couple en instance de divorce n’est pas attribuée automatiquement à l’un des époux: tout dépend du régime matrimonial, du financement du bien, de la garde des enfants et de la stratégie du couple (vendre, racheter, rester en indivision).

Plusieurs scénarios sont possibles.

Cartographier les options possibles

Les ex-époux doivent décider entre plusieurs options pour le logement familial :

  • Vente du bien (amiable ou judiciaire): soit le couple vend la maison à un tiers (par acte notarié), soit, en cas de conflit, le juge peut ordonner la vente (souvent aux enchères). En pratique, un accord amiable est préférable pour éviter les frais et retards.
  • Rachat par un époux (soulte): l’un des conjoints rachète la part de l’autre. Il verse alors une soulte (indemnité) en argent pour compenser la différence de valeur. La soulte se calcule sur la valeur vénale actuelle du bien (et non sur le prix d’achat) en déduisant le capital restant dû sur le prêt.
    Un acte notarié homologué au divorce fixe les montants et la date d’effet. Par exemple, si la maison vaut 300 000 € et qu’il reste 100 000 € de crédit, l’époux qui rachète doit verser la moitié du solde net (soulte) à l’autre.
  • Maintien en indivision: les ex-époux peuvent décider de conserver ensemble le bien (par ex. pour le louer). Ils doivent alors signer une convention d’indivision chez un notaire qui définit l’usage du bien, la répartition des loyers et des charges. L’indivision post-divorce nécessite un accord clair (durée fixée, paiement du crédit, entretien). Elle reste en principe temporaire: lors du partage définitif, ils devront décider (vente ou rachat de part).
  • Jouissance pendant l’instance: pendant la procédure (avant jugement de divorce), le juge aux affaires familiales (JAF) peut attribuer la jouissance du logement familial à l’un ou l’autre époux. En pratique, la priorité va souvent à celui qui a la garde des enfants, en tenant compte de leur intérêt et des ressources de chacun. Le juge peut fixer une indemnité d’occupation (loyer) si les deux veulent rester dans le logement. Par exemple, dans l’audience d’orientation (loi 2019), le JAF peut ordonner à l’époux assignataire de verser un loyer ou de prendre en charge le crédit. En cas d’urgence ou de violences conjugales avérées, des mesures de protection permettent au juge d’attribuer le logement au conjoint non violent, même s’il en est le propriétaire.

La maison pendant la procédure: jouissance, occupation, enfants

Au cours du divorce contentieux, une audience d’orientation (« mise en état ») a lieu rapidement. Le juge fixe alors les mesures provisoires (logement, enfants, pensions). Il peut attribuer la jouissance provisoire du domicile conjugal à l’un des époux (gratuite ou contre indemnité). Par exemple, le juge peut enjoindre au conjoint assignataire de continuer à payer le crédit pour la maison ou de verser un loyer s’il occupe seul le bien.

Jouissance provisoire du logement familial : Depuis la loi du 23 mars 2019 (article 373‑2‑9‑1 du Code civil), si le juge est saisi sur l’exercice de l’autorité parentale en divorce, il peut attribuer provisoirement le logement familial à l’un des parents. Cette mesure, fondée sur l’intérêt des enfants et la situation financière, est limitée à 6 mois maximum (renouvelable exceptionnellement si les époux sont en indivision lors du partage).

En cas de désaccord total sur le logement, le juge tranche: l’époux occupant peut devoir une indemnité d’occupation à l’autre, calculée selon la valeur locative du bien et sa quote-part de propriété. La jurisprudence récente confirme que cette indemnité court tant que l’occupant reste dans le bien et cesse dès sa restitution effective.

Après le divorce: liquidation, indivision, vente ou attribution

Au prononcé du divorce, le JAF ordonne la liquidation et le partage du régime matrimonial (biens et dettes) et statue sur les demandes de maintien en indivision ou d’attribution préférentielle. Concrètement: soit les ex-époux s’entendent et font rédiger un acte de partage chez le notaire, soit un notaire est désigné par le juge pour procéder à l’évaluation des biens et partager équitablement.


Si un époux veut garder la maison, il verse la soulte (calculée sur la valeur actuelle du bien) à l’autre.
Si on ne parvient pas à s’entendre, le juge décide de l’attribution préférentielle du logement familial à un conjoint (outil légal pour favoriser la stabilité des enfants ou la capacité de relogement).

En cas de maintien en indivision après divorce, une convention notariée est indispensable pour organiser la gestion du bien (usage, loyers, charges).

Notez que tout partage immobilier doit être formalisé par acte notarié (ventes, cession de part, bail emphytéotique, etc.).

Pour en savoir plus sur les aspects patrimoniaux du divorce, voir notre article dédié sur les conséquences fiscales et patrimoniales d’un divorce.

Chiffrer correctement: crédit, travaux, indemnité, valeur

Quelques règles de bon sens aident à chiffrer équitablement la situation:

  • Évaluation du bien: faites réaliser une expertise ou demandez une estimation du prix du marché. Ne basez pas la soulte sur le prix d’achat initial, mais sur la valeur vénale actuelle.
  • Prise en compte du passif: les crédits immobiliers en cours doivent être déduits. Tant que le prêt n’est pas remboursé, chaque ex-époux reste solidaire vis-à-vis de la banque. Si l’un cesse de payer, l’autre peut être contraint d’honorer l’intégralité des échéances. Le juge peut aussi ordonner la désolidarisation (avec l’accord de la banque).
  • Soulte et calcul: pour un bien commun, celui qui conserve la maison verse une soulte compensatrice. Exemple de formule: (valeur du bien – capital restant dû) ÷ nombre de parts à partager. Le notaire calcule cette somme au moment du partage.
  • Travaux et amélioration: les dépenses engagées sur le logement avant divorce (travaux, remboursement anticipé, etc.) peuvent être prises en compte. L’époux ayant financé des travaux peut demander « récompense », tandis que l’occupant devra en répondre en cas de dégradation.
  • Charges et fiscalité: incluez dans le calcul les frais de notaire (~5,8 % pour un bien ancien, 0,715 % pour un neuf) et les droits de partage éventuels. N’oubliez pas la taxe foncière, la taxe d’habitation ou l’indemnité d’occupation temporaire (pour ex. la fourniture d’eau/énergie) pendant l’instance.
  • Indemnité d’occupation: l’époux qui occupe le logement familial peut être redevable d’une indemnité à l’autre, calculée selon la valeur locative du bien et sa quote-part. La Cour de cassation rappelle qu’elle ne se présume pas et cesse dès la remise effective du bien.

Points de vigilance « à haut risque contentieux »

Certaines situations entraînent souvent des conflits:

  • Refus de vendre: si un époux empêche la vente du bien commun alors que l’autre le souhaite, l’affaire peut finir devant le juge pour forcer la vente.
  • Occupation sans accord: demeurer dans la maison après le départ du conjoint peut créer un litige sur l’indemnité d’occupation et la propriété. Il est crucial de conserver des preuves (état des lieux, remise des clés) pour justifier toute indemnité.
  • Crédit payé par un seul ex: si un ex-époux continue seul de rembourser le prêt, il devra le justifier au partage (paiements effectués) pour obtenir récompense. L’autre, bien qu’il n’occupe plus, reste co-emprunteur et solidaire.
  • Travaux réalisés seul: des investissements (rénovations, agrandissements) faits par un époux peuvent être reconnus comme « amélioration » du bien, donnant droit à récompense lors du partage. Sans contrat clair, la preuve (factures, accords) peut manquer.
  • Absence de preuve: en cas de conflit sur l’occupation ou les dépenses, il est fréquent que l’absence de documents (reçus, attestations, expertises) complique la liquidation. Conservez tous les justificatifs (acte de propriété, relevés de prêt, devis de travaux, procès-verbaux d’état des lieux, etc.) dès le départ de la procédure.

FAQ immobilière

Puis-je vendre la maison sans l’accord de mon ex-époux? Non, si le logement est propriété commune, les deux consentements sont nécessaires. En cas d’impasse, le juge peut ordonner la vente par licitation (enchères). Si la maison est un bien propre (nom d’un seul), seul le propriétaire peut la vendre, mais devra rembourser la communauté pour les contributions financières qu’elle y a apportées.

Que se passe-t-il si l’autre ne paie plus le crédit? Les ex-époux restent solidaires envers la banque tant que le prêt n’est pas clos. Si l’un cesse de payer, l’autre peut être assigné pour l’intégralité des échéances. Il peut ensuite se retourner contre son ex dans le partage final (ou exiger la vente du bien).

Et si la maison est à mon nom seulement? Si vous avez acheté la maison seul avant le mariage, elle reste votre propriété. Vous ne devez pas partager la valeur du bien, mais vous devez parfois une « récompense » à la communauté pour l’argent commun utilisé (ex. remboursement du prêt ou travaux). Le juge peut toutefois imposer un bail d’habitation au profit de l’autre époux et des enfants jusqu’à leur majorité.

Pour approfondir ces sujets, consultez les ressources sur notre site (par exemple, la page Audience d’orientation et mesures provisoires en divorce) et sur les sites officiels comme Service-Public.fr ou Legifrance (voir notamment les articles 264, 267 et 815-9 du Code civil).

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